Le Grec - Groupe de recherche sur les cétacés
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La Nouvelle-Zélande de Lizza

Compte-rendu d’observations – Nouvelle-Zélande (octobre 2017 – janvier 2018)

Observations côtières et en mer

Si durant ce séjour de 4 mois en Nouvelle-Zélande, j’ai eu la chance de pouvoir monter à bord d’un voilier et de faire des observations de cétacés en mer, le plus grand nombre de mes observations a été fait depuis les côtes, jumelles à la main, la patience comme maître mot… Il existe bien d’autres espèces de cétacés qui vivent ou traversent les eaux de la Nouvelle-Zélande … je ne vous parlerai que de celles qui ont croisé ma route !

Le dauphin d’Hector (Cephalorhynchus hectori) ou dauphin de Nouvelle-Zélande

C’est le dauphin que l’on observe le plus fréquemment en Nouvelle-Zélande ; espèce endémique, il se divise en deux sous-espèces : le dauphin Maui, qui peuple la côte ouest de l’île du Nord, et le dauphin d’Hector ‘commun’, que l’on retrouve en abondance sur toutes les côtes de l’île du Sud. En voie de disparition, il fait l’objet de mesures de protection depuis une trentaine d’années en Nouvelle-Zélande.

source : http://www.especes-menacees.fr/dauphin-hector/

C’est aussi le plus petit dauphin du monde (1,4 m maximum). Très discret, avec une prise d’air en surface furtive, il n’est pas toujours facile de le détecter.

Le dauphin d’Hector est furtif et minuscule !

Son identification est cependant aisée ; plusieurs critères font qu’aucune confusion n’est possible :
– l’habitat de ce dauphin est côtier. Il fréquente des eaux de faible profondeur (40m maximum), et s’éloigne rarement des côtes. Il privilégie les embouchures de rivière aux eaux troubles et riches en nutriments,

Un groupe a pris l’habitude de fréquenter la plage de Curio Bay …

– son organisation sociale : le dauphin d’Hector évolue par petits groupes, généralement de 2 à 3 individus,
– la nageoire dorsale, très large, noire et arrondie (qui lui vaut le surnom de Mickey Mouse dolphin), ne permet aucune confusion.

… dans les Catlins, faisant tous les jours le show dans les vagues !

L’orque (Orcinus orca)

Odontocète de grande taille (maximum 9 m), l’orque fait partie du paysage maritime de Nouvelle-Zélande. Nombreuses sont les photos ou les vidéos de baigneurs ou kayakistes se faisant surprendre par un groupe d’orques nageant autour d’eux, non loin des côtes. Ce cétacé a une aire de répartition très étendue, et est commun dans les eaux côtières tempérées-froides. Il est difficile à observer car imprévisible : les populations résidentes de Nouvelle-Zélande sont constamment en mouvement.

Jeune mâle solitaire chassant très près des côtes

L’arrivée des raies au début de l’été, lorsque les eaux commencent à se réchauffer, dans les baies, les ports, les embouchures de fleuve, annonce cependant bien souvent l’arrivée des orques, qui en sont très friands. On peut ainsi en observer vers décembre – janvier – février dans la baie de Whangarei ainsi que dans la baie d’Auckland.

Groupe de femelles avec les juvéniles

Cet appétit pour la raie conduit bien souvent l’orque à chasser dans des eaux très peu profondes (à peine quelques mètres).

Les orques de Nlle-Zélande sont en partie résidentes

Vivant en groupes d’à peu près une dizaine d’individus, l’arrivée des orques dans une zone implique souvent la désertion des autres gros cétacés (baleines, rorquals …), comme en a témoigné une guide naturaliste de la compagnie de whale-watching d’Auckland, pendant une période d’une semaine, en janvier 2018.

Mâles nageant à l’écart du groupe précédent

Le lagénorhynque obscur (Lagenorhynchus obscurus)

C’est une espèce côtière, présente en trois régions du monde (Nouvelle-Zélande, Amérique du Sud et Afrique du Sud), et dont la connaissance est encore très mince. On le connaît comme étant le dauphin acrobate par excellence !

Le groupe que j’ai pu observer en mer dans la baie de Tasman était un habitué de la « nage avec les voiliers » !

Peuplant les eaux de Nouvelle-Zélande par groupes de 15 à 500 individus, voire par milliers dans les eaux froides de Kaikoura, le lagénorhynque obscur est un nageur actif et rapide, faisant des sauts périlleux très hauts. Curieux, ludique, il nage également très souvent à l’étrave des bateaux.

Tableau récapitulatif de mes observations

(je ne mets pas toutes les observations de Dauphin d’Hector tant elles sont nombreuses)

Lieu et Espèce
Nombre d’individus et activité
Durée d’observation et Distance minimum
Bay of Island 21.10.17
Tursiops truncatus
Entre 30 et 50
Chasse
30 min, 200m
Mahia 15.11.17
Orcinus orca
1
Voyage
20 sec, 100m
Mahia 16.11.17
Tursiops truncatus
Entre 20 et 30
Chasse
5 min, 200m
Abel Tasman N. Park 11.12.17
Lagenorhynchus obscurus
Une dizaine
Socialisation (nage à l’étrave)
10 min, 2m
Kaikoura 17.12.17
Lagenorhynchus obscurus
Entre 100 et 150
Socialisation
15 min, 200m
Greymouth 19.12.17
Cephalorhynchus hectori
3
Chasse
15 min, 10m
Invercargill 25.12.17
Orcinus orca
3
Chasse
20 min, 20m
Curio Bay 27.12.17
Cephalorhynchus hectori
Entre 10 et 20
Socialisation (sauts dans les vagues)
1h, 1m
Catlins 28.12.17
Rorqual ?
Entre 3 et 5
Sauts
3 min, 1 km
Bay of Auckland 22.01.18
Orcinus orca
Une dizaine
Transit
1h, 10m

Et la carte de mes obs !!

Attention, la Nouvelle-Zélande, c’est grand …

Je n’ai pas aimé … L’enfer de Kaikoura

Avant de terminer ce compte-rendu d’observation, je tiens à dire quelques mots sur ce petit village, ancien port baleinier, réputé mondialement aujourd’hui comme étant la « capitale de la baleine », Kaikoura. Il doit sa réputation à sa situation exceptionnelle : sur la côte Pacifique du sud de la Nouvelle-Zélande, la petite ville surplombe un canyon sous-marin de 1200m de profondeur, en forme de U, à peine à 800m des côtes. Ce canyon est l’une des parties de la Tranchée de Kermadec, l’une des fosses océaniques les plus profondes de la Terre. Les eaux froides de la Tranchée, chargées en nutriments, remontent et se mélangent aux eaux plus chaudes de surface, favorisant le développement du plancton, premier élément de la chaîne alimentaire sous-marine. C’est donc une zone très riche dans laquelle les cétacés viennent se nourrir, avec en premier lieu, le cachalot, et occasionnellement, des baleines à bosse.

Pas besoin de payer pour me voir, et comme ça, vu de loin … je ressemble à mon énorme cousin, l’orque !

Mais seulement il y a un hic. Du cachalot aussi près des côtes, c’est trop facile, et c’est un bon filon ! Une entreprise maorie de whale-watching, Whale-watch Kaikoura, domine le canyon … Sous une étiquette d’écotourisme, c’est en réalité un business monstrueux ! Personnel très nombreux, tarifs exorbitants (normal, ils ont l’exclusivité) et tourisme de masse, voilà l’explication des 3 cars de 75 touristes qui transitent matin et après-midi des bureaux vers le port. Là, on s’emploie à charger tout ce monde sur des catamarans à moteur, avant de partir à fond vers le large. La sortie dure trois heures, il faut voir au minimum 3 cachalots pour correspondre à la publicité (95% de chances d’en voir), alors on ne traîne pas. Evidemment, les cachalots sont repérés par avion et/ou hélicoptère, et le trajet est direct. J’ai eu l’occasion de suivre aux jumelles ces bateaux, et ai pu constater avec tristesse que les distances de sécurité de l’animal n’étaient pas respectées lors de l’observation (moins de 20m) ; j’ai pu aussi constater que le cachalot reprenant son souffle était quotidiennement entouré de ces 3 bateaux, et ce toute l’année  …

Alors Kaikoura on y va ? et bien non. On n’alimente pas ce business de masse irrespectueux, on ne cautionne pas.

Tant pis pour les cachalots, je les verrai en Méditerranée …

Copyright: Lizza Boitard-Thomas et cetaces.org


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