Dauphins, baleines et cachalots au large de la Côte d’Azur : qui sont-ils ?

En dépit de pressions résultant d’une forte présence humaine, les eaux azuréennes abritent une quantité notable de cétacés. Petit tour d’horizon.

La Côte d’Azur, qu’est-ce que c’est ?

Il n’y a pas de définition gravée dans le marbre ; d’un point de vue cétologique, on peut à peu près considérer que l’habitat azuréen s’étend jusqu’à une trentaine de kilomètres au large des côtes situées entre Saint-Tropez à Monaco… Lire davantage de détails un peu plus bas !

Quels cétacés dans les eaux azuréennes ?

Nous savons que le peuplement de cétacés en Méditerranée nord-occidentale est principalement constitué par huit espèces communes. La situation est-elle directement transposable aux eaux azuréennes ? Pas si simple !

D’après les résultats de nos campagnes en mer, il nous parait plus précis de dire que le peuplement azuréen est –actuellement– constitué de trois espèces majeures : le Dauphin bleu et blanc, le Cachalot commun et le Grand dauphin.

Le Dauphin bleu et blanc (Stenella coeruleoalba)

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C’est un dauphin d’assez petite taille (2 mètres), abondant à l’échelle de la planète et de la Méditerranée. Généralement, il préfère plutôt les eaux profondes du large… mais ses habitudes sont en fait assez côtières en région azuréenne, en raison des profonds canyons qui se prolongent localement jusqu’à quelques centaines de mètres de la côte, et qui lui fournissent un biotope riche en nourriture.

Mais cette spécificité plutôt réjouissante le rend sensible aux dérangements humains, nombreux près des côtes dans cette région urbanisée : harcèlement par des opérateurs touristiques peu scrupuleux, bruit sous-marin, captures accidentelles dans des engins de pêche, perturbation par des plaisanciers trop intrusifs, pollution… Nous devons donc redoubler d’efforts pour préserver les Stenella de ces pressions.

  • Présent : toute l’année
  • Population en région azuréenne : quelques centaines
  • Tendance récente de la population locale : en légère diminution

Le Cachalot commun (Physeter macrocephalus)

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Ce célèbre plongeur, mesurant entre 10 (femelles) et 17 (mâles) mètres à l’âge adulte, est connu pour sa passion des profondeurs, où il peut trouver la nourriture (principalement calmars) qui lui convient. Ce sont encore les canyons profonds qui l’attirent tout près de la Côte d’Azur, où sa présence surprend parfois des plaisanciers (qui le confondent souvent avec une « baleine »).

Impacté par les filets dérivants, ses effectifs remontent doucement depuis l’interdiction de ces engins, mais il demeure sensible à la pollution sonore, au harcèlement touristique et aux collisions avec les grands navires. Ce sont surtout des jeunes mâles, seuls ou en bande dispersée, que nous voyons près des côtes azuréennes, mais des groupes familiaux constitués de femelles et de jeunes remontent parfois du Sud.

  • Présent : du printemps à l’automne
  • Population en région azuréenne : quelques centaines d’individus fréquentent la zone avec plus ou moins de régularité, mais pas en permanence bien sûr
  • Tendance récente de la population locale : en légère augmentation

Le Grand dauphin (Tursiops truncatus)

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Très connu du grand public (espèce télégénique (Flipper !) et souvent présentée en delphinarium), ce dauphin de taille moyenne (3,5 mètres) montre en Méditerranée une préférence pour les zones de faible profondeur, ce qui peut l’exposer aux pressions anthropiques.

Le plateau continental étant étroit le long des rives azuréennes, particulièrement en région centrale, la zone n’est pas un biotope extrêmement attirant pour les Grands dauphins, qui préfèrent plutôt, juste à l’Ouest, le golfe du Lion et les îles d’Hyères, et juste à l’Est, la Riviera italienne. Cela dit, leurs populations étant en croissance dans ces deux régions, la fréquentation par les grands dauphins de la zone tampon que constituent les eaux azuréennes s’en trouve également augmentée.

  • Présent : toute l’année, surtout de l’automne au printemps
  • Population en région azuréenne : plusieurs dizaines d’individus traversent régulièrement la zone
  • Tendance récente de la population locale : en augmentation

Et les autres ?

Les cinq autres espèces sont bien sûr parfois visibles également, mais sont moins communes : le Dauphin de Risso était commun il y a encore une douzaine d’années, mais s’est nettement raréfié pour des raisons encore peu claires ; le Globicéphale noir et le Rorqual commun sont visibles au large mais s’approchent peu des côtes azuréennes et restent en général plus au large ; le Ziphius est davantage présent plus à l’Est, au niveau du Golfe de Gênes notamment ; et le Dauphin commun préfère actuellement les eaux des Baléares, de la Sardaigne et du sud de la Méditerranée.

Des évolutions ?

Le peuplement est en perpétuelle évolution, les équilibres écologiques entre espèces étant dynamiques et sujets aux divers changements environnementaux (pressions humaines directes, modifications des populations de proies, ou changement climatique, par exemple).
Les variations de ce peuplement ne sont pas aisées à détecter, et demandent des jeux de données rigoureuses sur plusieurs décennies afin de pouvoir être objectivées. L’identification certaine des causes de ces modifications est, elle, encore plus difficile !

Plusieurs pressions ont néanmoins été déjà bien identifiées, et des mesures de protection simples peuvent être mises en place : diminution de la vitesse des navires dans certaines zones critiques, mise en place de mesures réduisant les pollutions sonores des sources identifiées, sensibilisation et application des lois interdisant la perturbation des cétacés sauvages, encouragement à la déclaration des captures accidentelles et à l’utilisation d’engins de pêche non impactants, contrôle strict des effluents et déchets polluants… Pas de jaloux, il y a du travail pour tout le monde !

Aparté géographique : quelle définition de la Côte d’Azur pour un cétologue ?

Les géographes ne sont pas unanimes, et les frontières délimitant la Côte d’Azur, entre la Provence à l’Ouest et la Riviera italienne à l’Est, diffèrent donc selon les auteurs.
D’un point de vue cétologique, on peut dire qu’il y a une certaine homogénéité entre l’île du Levant à l’Ouest et Imperia à l’Est : la côte est orientée sur un axe Sud-ouest / Nord-est, des fonds profonds d’environ 1500 mètres sont atteints à peu de distance de la rive, et la pente est traversées par des canyons sous-marins nombreux et profonds, prolongements des vallées visibles sur les terres émergées.
Sur le plan courantologique, les côtes sont léchées par le courant Ligure, une masse d’eau de surface chaude peu productive se dirigeant du Nord-Est vers le Sud-Ouest à une vitesse d’un peu moins d’un nœud, avec une largeur s’étendant jusqu’à une vingtaine de milles nautiques au large.

Si l’on considère que le Sud-ouest de cette aire est influencé par la zone provençale et l’archipel de Port-Cros, et que le Nord-est change progressivement de topographie avec un plateau continental devenant de plus en plus large à partir du Cap Martin, nous pouvons considérer que la Côte d’Azur cétologique « typique » s’étend à peu près de Saint-Tropez à Monaco.

Pour ce qui est de l’effort de prospection du Groupe de Recherche sur les Cétacés en zone azuréenne depuis plus de trente ans, il se concentre majoritairement entre le Cap Dramont et le Cap Ferrat : cette Côte d’Azur « centrale », essentiellement située sur le Sud-ouest des Alpes-Maritimes, constitue un environnement riche d’intérêt, puisqu’elle comprend les trois canyons les plus abrupts de la région (canyons de La Napoule, du Var et de Villefranche) mais aussi des zones moins profondes (plateau reliant le golfe Juan aux îles de Lérins, pente Est du Cap d’Antibes, haut-fond du Méjean, notamment)… mais la présence d’aires urbaines très touristiques comme Nice, Cannes ou Saint-Raphaël implique malheureusement une forte pression anthropique sur le milieu, qui a donc bien besoin de mesures de protection énergiques afin de conserver son attractivité pour la vie sauvage et les cétacés.

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