Zoom sur le Gouf
Première devinette : quel est le site de France métropolitaine où l’on observe communément la plus grande diversité de cétacés ? Seconde devinette : quel statut de protection particulier s’applique aux cétacés de cet endroit ?
Première devinette : quel est le site de France métropolitaine où l’on observe communément la plus grande diversité de cétacés ? Seconde devinette : quel statut de protection particulier s’applique aux cétacés de cet endroit ?
L’attention des observateurs est renforcée dans la zone des canyons, en plein pays Ziphius. Le Ziphius de Cuvier est une des espèces les plus prisées par le Groupe de Recherche sur les Cétacés depuis une vingtaine d’années. Il est fort discret : seule une visibilité parfaite permet de l'étudier.
Moyennant toutes ces précautions, nous avons observé les Ziphius à plus de 20 reprises depuis mi-juillet : la zone des canyons du sud du golfe de Gascogne est vraiment un hot spot mondial pour les ziphiidés. On a peur d'imaginer ce que provoquerait l'utilisation de sonars militaires dans cette région ... des dizaines de morts certainement.
Les cétacés ont également bien reflété la richesse des eaux, avec de nombreux rorquals dont certains chassaient dans des eaux très superficielles... on a même observé des lâchers de bulles et un couple de baleines nageant en rond juste sous la surface.
Hormis les sorties locales d'étude du dauphin Stenella, à bord du canot à moteur Wanaka, deux grandes périodes de navigation ont eu lieu, une de 3 semaines en Méditerranée (mois de mai), et une de 4 semaines dans le golfe de Gascogne (été). La première bénéficia en moyenne d'une bonne météo (13 jours de sortie sur 21 jours d'embarquement), alors que la météo fut très contrariante dans le golfe de Gascogne.
C'était l'objectif commun du Groupe de Recherche sur les Cétacés et des neuf stagiaires que nous avons accueilli les 13-14 novembre dans le cadre unique du CREPS du Fort-Carré à Antibes. Au menu, trois aspects fondamentaux de l'effet des pollutions sonores sur les cétacés : la 'Biologie des cétacés focalisée sur leur vulnérabilité acoustique', les 'Emissions sonores générant des risques pour les cétacés' et le 'Contrôle des risques d’impact'.
Nous avons aussi l'occasion d'observer à plusieurs reprises des dauphins communs à la pigmentation atypique, ceux que nous appelons 'bastardis' et que nous avons spécialement étudiés au cours de nos navigations en Atlantique. Leur coloration mélanique provient de l'absence de pigmentation jaune à l'avant des flancs, une anomalie probablement d'origine génétique.
Suivre le comportement des Ziphius est une affaire particulièrement difficile : il faut demeurer à grande distance pour ne pas les perturber, et le cycle 'sonde-surface' de cette bestiole est assez tordu, avec une alternance de sondes courtes (de récupération) et de sondes longues (de prédation).
La série d'échouages de Ziphius en Méditerranée orientale est très préoccupante pour l'avenir de l'espèce : on ne compterait que 450 à 2600 individus pour l'ensemble du bassin (résultat de l'Accobams Survey Initiative). Que ce soit pour les utilisations de sonars militaires, les exercices navals ou les prospections sismiques, les prescriptions maintes fois réaffirmées (comme dans les résolutions de ACCOBAMS) devraient être absolument respectées, avec la présence d'observateurs qualifiés à bord des navires qui pratiquent ces activités
Le réalisme et l'expérience obligent à considérer également l'hypothèse d'un exercice anti-sous-marin qui aurait entraîné à grande distance ces échouages. Il se trouve justement que l'OTAN tient son grand exercice ASM en ce moment, avec la participation de nombreux navires, sous-marins, avions et hélicoptères ...