Menaces sur le Sanctuaire PELAGOS

Quand une belle idée n’avance pas, elle finit par reculer

Lorsque parut le décret 2002-1016 ‘portant publication de l’accord relatif à la création en Méditerranée d’un sanctuaire pour les mammifères marins (ensemble une déclaration), fait à Rome le 25 novembre 1999’, c’est peu de dire que les quelques passionnés qui avaient oeuvré pour la création de cette aire protégée du 3ème type se réjouirent.

Le Groupe de Recherche sur les Cétacés était en quelque sorte un parrain scientifique français de ce sanctuaire, ayant multiplié les prospections pour mettre en évidence l’importance de cette région marine du point de vue cétologique. Nous avions à l’occasion aussi emmené une équipe de télévision de TF1 constater de visu l’abondance des baleines et des dauphins à quelques dizaines de kilomètres des côtes azuréennes. Quand on connait l’importance du fait médiatique sur nos chers politiques ….

A vrai dire, cet accord, ce décret, était un tissu de bonnes intentions, … et il l’est toujours. Il nous fallut plusieurs années de combat juridique face aux gouvernements, avec France Nature Environnement et SOS Grand Bleu, pour faire interdire les filets dérivants français, les ‘thonailles’ … et pour découvrir que le sanctuaire PELAGOS n’était qu’un tissu de bonnes intentions.

Au petit matin, un des ‘thonailleurs’ récalcitrants; ils étaient soutenus par les institutions … et pas que …

Les années passant, les intentions restèrent, ou s’estompèrent, se concrétisant par très très peu d’actes réels pour améliorer la protection des cétacés dans le sanctuaire PELAGOS. A vrai dire, l’impression étant que les trois Etats signataires faisaient un concours de sur place au moment de prendre quelque décision que ce soit pour rendre tangible la réalité de cette aire protégée.

Les NGV de la SNCM furent arrêtés en 2009 ou 2010, officiellement en raison de leur consommation de carburant

Ce n’était pas faute de moyens que la belle idée ne se concrétisait pas, c’était faute de volonté politique. Quelques feux de paille médiatique ne suffisaient pas à ranimer la flamme, celle de la protection des cétacés méconnus. C’est ainsi que l’espoir fit peu à peu place à la désillusion.

Un Ziphius, espèce emblématique menacée par les sonars et les collisions

A titre d’exemple, la mauvaise volonté française pour prendre en compte la réalité ‘ziphius’ dans l’utilisation des sonars militaires au sein du Sanctuaire, malgré des accidents à répétition. Certes l’article 15 du décret stipule ‘Rien dans le présent Accord ne porte atteinte à l’immunité souveraine des navires de guerre (…)‘ Mais il stipule aussi ‘Toutefois, chaque Etat partie doit s’assurer que ses navires et aéronefs qui jouissent d’immunité souveraine (…) agissent d’une manière compatible avec le présent Accord‘.

Ils vont très vite et sont un danger pour les cétacés … même s’ils sont électriques

Et puis … les 17-18 juillet 2026, un ‘événement’ organisé dans les eaux monégasques défraya la chronique : une course de bateaux rapides. Electriques. Cette course causa un émoi justifié parmi ceux qui croient en l’existence effective d’une aire protégée pour les cétacés. En effet, l’article 9 du décret du sanctuaire stipule ‘ Les Parties se concertent en vue de réglementer et, le cas échéant, interdire dans le sanctuaire les compétitions d’engins à moteur rapides‘. Qu’ont pensé les ‘Parties’ de ce show monégasque ?

Un hydroglisseur similaire à celui qui est prévu pour assurer une liaison Corse-Italie

Enfin, encore plus récemment – 2026 est décidément une année festive pour PELAGOS -, on apprenait que l’Italie et la Corse allaient lancer une liaison par bateau à grande vitesse, des hydroglisseurs. Il ne manquerait qu’une autorisation française pour débuter l’exploitation commerciale, les expérimentations sur plusieurs trajets entre Corse et Italie ayant été conduites. Et l’on ne ferait pas mystère d’une volonté de développement rapide des NGV bruyants, qui causent des collisions mortelles pour les baleines et les cachalots. Car c’est un fait prouvé que la vitesse des navires est la première cause de collisions qui, vu la vélocité de ces engins, seront mortelles pour les cétacés. Quant à la mesure annoncée qui consiste à se reposer sur la veille en passerelle, il est clair qu’à 35 noeuds la détection des cétacés susceptibles d’émerger, ou de se trouver en sub-surface, ne peut se faire suffisamment à temps pour les éviter.

Pas de chance pour moi, le bateau allait trop vite … avec une nageoire caudale amputée, mon pronostic vital est engagé à moyen terme

Comment la gestion d’un ‘territoire’ protégé pour les cétacés peut-elle s’accommoder de telles dérives ? Combien de temps reste-t-il à attendre avant l’annonce d’une dérogation française ou italienne pour utiliser à nouveau les filets dérivants dans le Sanctuaire ? … C’est une vraie question au stade où nous en sommes !

Et c’est ainsi que la désillusion fit place à la déception.

Alexandre et cetaces.org