Zoom sur le Gouf

Une aire de haute diversité en mal de protection

Première devinette : quel est le site de France métropolitaine où l’on observe communément la plus grande diversité de cétacés ? Seconde devinette : quel statut de protection particulier s’applique aux cétacés de cet endroit ?

Première réponse : il s’agit du Gouf de Capbreton. Située à cheval sur les eaux françaises et espagnoles, cette faille s’insère dans le plateau continental jusqu’à moins d’un mille de la côte des Landes et atteint les profondeurs de 2000 mètres et plus à 25 milles des côtes françaises, dans la ZEE ibérique.

Seconde réponse : aucun statut en France. Pour des raisons connues des décideurs nationaux, du moins on l’espère, ce site est curieusement passé à travers de toutes les initiatives, tant médiatisées, de créer des zones de ‘protection spéciale’, de ‘protection forte’, … Côté espagnol, cependant, la zone est couverte par un statut Natura 2000, qui lui octroie quelques suppléments de protection au niveau de la qualité de l’habitat.

En plus de la météo, la marée impose son rythme à nos journées de navigation

En ce milieu d’été 2026, notre croisière naturaliste nous amène dans la région du Gouf, que le Groupe de Recherche sur les Cétacés a déjà étudié en 2021, 2023 et 2024. Le peuplement de cétacés se distingue en été par une abondance importante de petits delphinidés (Dauphin commun et Dauphin bleu et blanc) et par la diversité des ziphiidés (Ziphius, Mésoplodons).

Delphinus et Stenella sont sur une photo … qui est qui ?

Nous mettons à profit plusieurs journées de beau temps pour naviguer dans le Gouf : cette année, les eaux profondes sont particulièrement bleues (transparentes) et peuplées de quantité de poissons-lune, ainsi que de méduses et quelques physalies. Il y a très peu d’oiseaux marins au large.

Assez sociaux en milieu de journée, les Stenella approchent rarement notre voilier

Les dauphins des deux espèces sont très nombreux, y compris dans la partie interne du canyon. On y rencontre fréquemment des groupes mixtes de Stenella et Delphinus ; les premiers sont très turbulents en milieu de journée. Des nouveau-nés des deux espèces sont observés dans le Gouf ‘français’, qui est donc une aire de reproduction avérée.

Ce nouveau-né de Dauphin commun n’a pas encore eu le temps de redresser son aileron dorsal

Il faut aller beaucoup plus loin cette année pour observer des Ziphius de Cuvier. Peut-être que la présence de plusieurs bateaux ‘de travail’ y est pour quelque chose ? Un chantier d’implantation d’une ligne sous-marine à haute tension, une ‘THT’, a récemment fait parler de lui. Certains préparatifs semblent en cours, espérons qu’ils n’ont pas déjà généré un bruit excessif ou d’autres nuisances qui mettraient à mal la population de la zone.

Ce n’est pas encore la fin de la navigation, juste un intermède solaire

Une raison de plus pour protéger les cétacés du Gouf de Capbreton, non ?

Alexandre et cetaces.org