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Dauphins de Gascogne, où va-t-on ?

Écrit le 19/05/2020 dans Autre actualité - Mis à jour le 19/05/2020

Encore et toujours, l’hécatombe continue …

Le GREC a l’opportunité d’assister régulièrement – en tant qu’observateur – aux séances du groupe de travail sur les captures de dauphins dans les engins de pêche, puisque notre association est membre nationale de France Nature Environnement.

Le constat 2020

Les dernières nouvelles ne sont pas réjouissantes : le rythme des échouages de dauphins ne diminue pas par rapport aux années précédentes. On terminera la saison avec bien plus de 1000 dauphins trouvés morts sur le rivage, dont une immense majorité (88% des dauphins communs examinés jusqu’à présent par Pelagis-La Rochelle) porte des traces évidentes de capture.

Tous les cadavres ne portent pas des traces aussi évidentes de capture : ici un filet maillant (photo Internet)

L’extrapolation du nombre de ces cadavres conduira donc à nouveau à une mortalité par pêche touchant entre 5 000 et 10 000 dauphins en 2019-2020, c’est-à-dire à une véritable hémorragie pour la population qui fréquente le golfe de Gascogne en hiver. L’estimation minimale de population hivernale de petits delphinidés sur la zone de plateau et de talus du golfe se chiffre à 155 000 individus (prospection SAMM 2011-2012).

La mortalité annuelle toucherait donc de 3 à 6% des individus, un chiffre énorme et clairement insoutenable quel que soit le critère choisi. Les autorités françaises affirment viser un objectif de 1% de mortalité (tout en étant tentées de s’accommoder en fait de 1,7%) : on en est très très loin et on ne s’en rapproche pas. Pour les protecteurs de la Nature, ‘zéro capture’ est le seul objectif digne d’être recherché par une pêche écologiquement respectueuse.

Initialement vus comme des contributeurs majeurs à la mortalité, les chalutiers pélagiques ne sont en fait qu’une des composantes du problème

Des questions

Les mesures prises par les autorités et le monde de la pêche dans son ensemble sont donc globalement inefficaces, même si des efforts sincères sont menés par certains pêcheurs. Les ‘pingers’ (dispositif acoustique puissant visant à éloigner les dauphins) placés sur les chaluts pélagiques en boeuf n’affectent pas la mortalité générale car les autres métiers continuent à capturer les dauphins comme avant, voire même davantage. La même question lancinante demeure sans réponse claire : qui est responsable de combien de dauphins morts entre décembre et mai chaque année dans le golfe de Gascogne ?

Rare point positif dans ce paysage sombre, le système de signalement de captures décidé par le ministère se met en place lentement pour les bateaux de plus de 12 mètres. A terme – mais dans combien de temps ? – on aurait une évaluation fiable des responsables de la mortalité au sein de la pêche française. A condition seulement que les très nombreuses unités de moins de 12 m signalent également leurs captures.

Le Bar, un des poissons ciblés par la pêche d’hiver et de printemps dans le golfe (photo Citron creative commons)

Quid des pêcheurs étrangers, espagnols mais pas seulement ? C’est à l’Europe d’actionner des leviers … autant dire que des progrès significatifs ne sont pas attendus avant la St-Glinglin. D’autant que la question ‘Comment pêcher sans capturer des dauphins ?‘ n’a pas de réponse. Les cadavres de dauphins s’accumuleront donc encore, innocentes victimes d’une pêche non écologique qui attrape des milliers de tonnes de poissons pour satisfaire nos estomacs … mais à quel prix ?

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Mesures gouvernementales inefficaces : faudra-t-il choisir entre manger du poisson sauvage et protéger les dauphins ?

Le temps passant, et le compteur de dauphins morts continuant à s’incrémenter sans faiblir, nous en venons aussi à nous poser la question de l’utilité des petits efforts accomplis, voire même de leur validité au niveau de l’objectif final poursuivi. Après tout, si l’objectif visé par notre gouvernement et par le monde de la pêche est de s’accommoder de plusieurs milliers de dauphins morts chaque année, s’est-on embarqué sur le bon bateau en participant, même à titre d’observateur, à un tel groupe de travail ?

Alexandre et cetaces.org


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