Début d’été azuréen : Pour profiter paisiblement des cétacés, n’oublions pas les bonnes habitudes !

L’été officiellement arrivé depuis quelques jours à peine, les eaux azuréennes sont déjà dans un état tout à fait estival : très bleues, très chaudes. Fin juin, l’eau en surface est déjà à plus de 28°C avec une anomalie en excès de plus de 6°C par rapport aux normales 1993-2016, du fait d’un temps calme remuant très peu les eaux superficielles et de températures caniculaires qui n’auront échappé à personne. Logiquement, la fréquentation des eaux côtières est elle aussi en train de passer à un état estival et il y a, entre 9h et 20h, une présence quasi-permanente de plusieurs dizaines de bateaux, hors-bord, vedettes, yachts profitant du beau temps.

Fréquentant aussi les eaux très côtières, quoique de façon plus discrète et moins permanente, les Tursiops semblent parfois avoir un peu de mal à se frayer leur chemin au milieu de tout ça : nous en observons un petit groupe en train de se nourrir entre Cannes et les Iles de Lérins.

Tursiops en alimentation un soir de Coupe du monde : avec le même bon sens que les humains, ils se dirigent instinctivement vers le cata à pizzas

Nous les suivons à quelques centaines de mètres pour documenter leur activité, PADOC dans une main et téléobjectif dans l’autre : après avoir soigneusement inspecté le petit tombant à l’Ouest de Sainte-Marguerite, parfois tranquilles et parfois suivis de près par des plaisanciers, les animaux décident de passer de l’autre côté, et empruntent le chemin le plus court en entrant dans le chenal et en transitant en droite ligne entre les deux îles. Ils ne passent pas inaperçus et réjouissent plusieurs spectateurs profitant du défilé depuis leurs bateaux au mouillage.

La traversée du mouillage se fait dans le calme, tant mieux !

Arrivés de l’autre côté, les animaux se séparent à nouveau et recommencent à s’alimenter. Alors que la traversée du mouillage s’était passée dans le calme, du dérangement réapparait avec un semi-rigide faisant demi-tour à grande vitesse pour aller littéralement sauter dans les dauphins. La voix porte bien sur l’eau, c’est déjà ça, et nous pouvons donc leur rappeler de loin que la loi française interdit l’approche intentionnelle des cétacés à moins de 100 mètres (dans les aires marines protégées et dans les eaux territoriales méditerranéennes, ce qui est donc doublement le cas ici) :
« Ah bon ? »
Ben, oui.

Surpris par cette arrivée soudaine d’humains, ce Tursiops s’éloigne prudemment

Difficile de savoir qui n’est simplement pas au courant de la loi en vigueur et qui est au courant mais s’en fiche. De fait, notre rappel n’empêchera pas d’autres occupants du bateau de sauter à l’eau, après certes un peu plus d’hésitation.

Retour au calme pour les dernières minutes de la journée

Les Stenella, peut-être pas très satisfaits de cette effervescence, restent assez discrets ; ils sont actifs en chasse entre le soir et le matin mais nous ne les observerons pas près de la côte en pleine journée.

Souvent en chasse aussi, et très présents non loin des côtes en ce début d’été, les cachalots : nous étudions leurs sondes de prédation, et nous les photo-identifions afin de mieux connaître l’utilisation de la zone par les animaux. En l’occurrence, nous croisons souvent des « habitués du coin », des individus mâles que nous connaissons bien : nous observons notamment une phase intéressante de la journée de Ruby, connu dans notre catalogue depuis 2011.

21h30, une Baie des Anges bien paisible pour Ruby

En train de se nourrir goulûment dans la Baie des Anges, il arrêtera ses plongées d’alimentation presque pile au moment du coucher du soleil, et passera ensuite plus d’une heure et demie à faire la sieste en surface et à communiquer acoustiquement avec certains camarades restés plus au large.

Champomy et Prof en congrès, devant le palais des congrès, naturellement

Quelques jours plus tard, ce sont Prof et Champomy que nous retrouvons : c’est même la troisième fois en un mois que nous les observons ensemble. L’occasion de continuer à documenter à distance leur activité et de comparer celle-ci à ce qu’elle était précédemment, que ce soit ce printemps… ou plusieurs années avant.

Malgré leurs airs de sous-marins, les cachalots peuvent également faire office de porte-avions ; un concept prometteur, sans doute

S’ils doivent se soucier des collisions, ils sont en moyenne tout de même plus tranquilles que les Tursiops. En moyenne, mais pas toujours ! Ressortant insoucieusement d’une sonde à quelques centaines de mètres de deux pêcheurs plaisanciers, Prof se fera rapidement rejoindre… et pratiquement aborder, à quelques mètres près.
De belles vidéos seront faites par les abordeurs, peut-être, mais cet irrespect de la loi a pour le coup un effet facilement observable : l’animal qui pour l’instant faisait route de façon stable vers l’Est, fait demi-tour et prend un cap au large vers le Sud-Ouest. Il quitte l’agitation en sondant ensuite rapidement, passant beaucoup moins de temps à ventiler en surface que d’habitude : alors que nous l’avions chronométré plusieurs fois avec des temps de surface d’environ 9 minutes, il n’aura été cette fois en surface que de 12h20m10s à 12h26m10s, soit une diminution d’un tiers de son temps de repos. De quoi faire réagir à juste titre les syndicats, non ?

Contrairement à ce que pourrait laisser penser cette image, la loi interdit l’approche des cétacés à moins de 100 mètres… pas 100 centimètres

De quoi aussi, si ce genre d’interactions se répète, diminuer l’attractivité de la zone pour les cachalots, et pour les cétacés de manière générale. Ce qui, tout le monde sera d’accord là-dessus, serait bien dommage. Alors, pour pouvoir continuer à observer ces animaux près de nos côtes, le respect des animaux et des distances d’approche (et accessoirement de la loi, en l’occurrence), voilà qui pourrait bien être la bonne résolution de l’été ! Merci pour eux !


Adrien et cetaces.org