Le Grec - Groupe de recherche sur les cétacés
Association 1901, Recherche sur les cétacés, Formation d'observateurs, Protection des cétacés.

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Du Spitzberg à Tromso

Observations cétologiques en mer de Barentz

Du 7 au 15 août 2016, nous étions invités sur le voilier d’un ami pour visiter le Spitzberg et faire la traversée du Svalbard jusqu’au port de Tromso au nord de la Norvège.

Notre voilier pour ce voyage, un OVNI 365

Notre voilier pour ce voyage, un OVNI 365

Nous avons donc profité de tout ce temps passé en mer pour faire une prospection des cétacés lorsque nous le pouvions.

Méthodes

Sur un voilier de 12 mètres (un OVNI 365), nous étions 1 à 2 observateurs couvrant un angle d’environ 120° à l’oeil nu et équipés de jumelles 7X50. Le bateau avançait à une vitesse comprise entre 3 et 6 nœuds, sur une zone comprise entre le port de Longyearbyen et Tromso.

Une route quasiment nord-sud, de 300 milles environ

Une route quasiment nord-sud, de 300 milles environ

La prospection s’effectuait de jour mais aussi de nuit puisque le soleil ne se couchait pas ou que très peu. Nous prospections de manière aléatoire, lorsque nous étions disponibles (pas de dodo, de repas, de film, de mal de mer…) et lorsque la visibilité et les conditions météo nous le permettaient (visibilité >3 sur une échelle de 1 à 6).

Nous avons aussi essayé de prendre en photo les animaux observés grâce à un appareil équipé d’un téléobjectif (140-400mm), et nous avons effectué quelques enregistrements audio à l’aide d’un enregistreur portable (Zoom H6) et d’un hydrophone, lorsque le bateau pouvait se mettre totalement à l’arrêt.

Le Bélouga, surnommé 'Rossignol des mers'

Le Bélouga, surnommé ‘Rossignol des mers’

Les données observées à chaque rencontre avec les cétacés ont été précisément notées sur les fiches d’observation du GREC.

Résultats

Sur une période de 9 jours, nous avons passé 8 jours à naviguer, en partant de Longyearbyen, nous sommes allés à Barentsburg, puis nous avons longé la côte ouest de l’ile vers le Nord afin de rendre visite à une colonie de Morses, pour ensuite faire route vers le sud et effectuer 6 jours de traversée jusqu’en Norvège.

Les Morses, vu à l'ouest des Svalbard

Les morses, vus à l’ouest des Svalbard

Nous avons parcouru pendant cette période environ 700 milles, effectué un effort de prospection d’environ 52 heures cumulées, sur une distance de 200 miles.

Cela nous aura permis d’effectuer 14 observations visuelles de cétacés, et 3 observations acoustiques  (Bélugas, Rorqual de Minke et Lagénorhynques à bec blanc) -et accessoirement un enregistrement de morses- avant de laisser l’hydrophone couler au large de l’ile aux Ours au milieu d’un banc de Lagénorhynques à bec blanc …

Sur ces observations, quatre espèces de cétacés ont été identifiées (Bélugas, Rorqual de Minke, Rorqual commun et Lagénorynques à bec blanc), trois observations de souffles au loin ne nous ont pas permis d’identifier formellement les baleines observées (obs 6, 9 et 10).

Les rorquals n'ont pas toujours été aussi près, d'où des identifications problématiques, parfois

Les rorquals n’ont pas toujours été aussi près, d’où des identifications problématiques, parfois

Nous avons remarqué deux moments que nous avons trouvés particulièrement intéressants :
– Un Rorqual de Minke mélangé au groupe de Bélugas qui semblait chasser avec eux.
– Quatre rorquals de Minke observés dans un petit périmètre (en moins de 1h30) en arrivant à proximité des côtes norvégiennes, dont deux qui ont clairement changé leur trajectoire pour venir au bateau.

Journal de prospection

Nos observations, à l'ouest de la mer de Barents

Nos observations, à l’ouest de la mer de Barents

07/08/2016

Le réveil au port de Longyearbyen se fait entouré d’une centaine de bélugas qui resteront jusqu’à 11h20 dans la baie, pour se nourrir semble-t-il (obs 1). Nous prenons quelques photos et les observons d’un œil puisqu’on se prépare aussi à quitter le port. Nous n’entendons rien à l’hydrophone.

Bélouga en train de souffler, au Spitzberg

Bélouga en train de souffler, au Spitzberg

Quelques heures plus tard, sur le trajet entre Longyearbyen et Barentsburg, nous observerons durant plus d’une heure un très grand groupe de bélugas (obs 2) ainsi qu’une baleine de Minke en pleine chasse (obs 3, aileron dorsal aperçu furtivement). Les bélugas sont à perte de vue, nous estimons leur nombre à 300, les enregistrements à l’hydrophone sont d’une grande richesse, et en réécoutant les différents sons, il nous semble reconnaître le rorqual de Minke, ce qui confirme donc notre observation visuelle.

Grand groupe de Bélougas en chasse

Grand groupe de bélougas en chasse, le 8 août

Ce jour là la prospection aura duré 7h30 avec une mer belle et une visibilité oscillant entre 4 et 5.

09/08/2016

Après la journée du 8 août à attendre le retour des morses, nous décidons d’aller les chercher un peu plus au nord. Nous prospectons 5h dans un espace assez restreint entre deux îles, les conditions sont idéales mais seul un phoque barbu barbote dans l’eau. La journée est quand même bien égayée par la rencontre avec une soixantaine de morses qui se reposent sur un banc de sable. Nous enregistrons à l’hydrophone la dizaine d’individus qui se trouve à l’eau, les bruits sont étonnants !

10/08/2016

Nous entamons notre traversée vers la Norvège: sur les 7 heures passées à prospecter dans de bonnes conditions (mer ridée/ visibilité 5), nous croiserons la route d’un rorqual commun qui alternera 1 à 4 ventilations en surface et 1 à 2 minutes d’apnée. L’approche par l’animal facilite la prise de photos (obs 4).

Rorqual commun, bien vu le 10 août

Rorqual commun, bien vu le 10 août

11/08/2016

Pas de prospection ce jour …

12/08/2016

Ce jour-là nous prospectons de nuit puis de jour durant 10h30. A 05h30, nous rencontrons les lagénorhynques à bec blanc à deux reprises, dont une observation hors prospection. Nous avons pu observer un groupe d’une vingtaine d’individus durant 1h20, assez discrets au début, certains ont finalement approché le bateau sans vraiment glisser à l’étrave, d’autres marsouinaient, ils sont restés assez dispersés avec des sous-groupes (obs 5).

Leur activité n’a pas été simple à déterminer mais des vols d’oiseaux juste au dessus de nous incitent à penser qu’ils se nourrissaient. Ils étaient assez actifs et pouvaient changer de vitesse et de direction, ce sont de nombreuses éclaboussures au loin qui nous ont permis de les détecter. L’hydrophone a pu enregistrer quelques clics et sifflements pas toujours bien audibles. C’est à ce moment que nous laissons couler par maladresse le micro en pleine mer de Barents et nous signons donc la fin de nos observations acoustiques. Sniff …

Lagenorhynchus albirostris, un dauphin qui aime le froid, et difficile à photographier

Lagenorhynchus albirostris, un dauphin qui aime le froid, et difficile à photographier

A 17h40, nous avons observé 3 souffles d’un rorqual à plus de 500 mètres, le premier particulièrement haut nous fait penser au rorqual bleu. Mais rien ne viendra confirmer cette hypothèse. La navigation à la voile ne rend pas aisée l’approche de l’animal, d’autant plus que malgré notre vigilance, nous ne le reverrons plus.  Il pouvait s’agir aussi d’un rorqual commun, la forme du souffle tendait à éliminer la possibilité d’un mégaptère (obs 6).

A 20h15, une observation de lagénorhynques faite hors période de prospection ne comptait que 6 individus, dont 3 se sont approchés furtivement du bateau en passant juste en dessous. Les sauts de prédation et la présence d’oiseaux marins survolant les animaux nous laissent à penser que des proies pouvaient être présentes. 30 minutes s’écoulent puis les dauphins s’éloignent en continuant leurs sauts de prédation (obs 7).

13/08/2016

Lors de cette journée, 3h30 de prospection de nuit et 1h30 de jour. La visibilité n’est pas optimale : 3 sur une échelle de 1 à 6. A 3h55, donc ‘la nuit’, nous détectons des lagénorhynques à bec blanc, une quinzaine d’individus toujours en train de se nourrir. Ils restent à distance du bateau (obs 8). L’après-midi, vers 16h00, nous comptons 5 souffles sans vraiment voir de quelle espèce il s’agit. D’après les souffles, nous supposons qu’il pouvait s’agir d’un rorqual commun (obs 9).

14/08/2016

Ce jour-là, 9 heures de prospection entre le petit matin et le début d’après midi et 4h30 en fin de journée avec une visibilité entre 4 et 5, ce qui a permis cinq observations. A 05h20, 1 à 4 souffles espacés de 1 à 4 minutes d’apnée à une distance de 500 mètres durant 20 minutes. Le souffle large et puissant nous fait supposer qu’il s’agit d’un mégaptère (obs 10).

La seconde observation, à 09h25,  concerne une dizaine de lagénorhynques à bec blanc qui voyagent, le bateau tente de les approcher et certains viennent à l’étrave. On remarque la précision dans la synchronisation du marsouinage lors de la ventilation pour 4 individus nageant côte à côte (obs 11).

Rorqual de Minke, se dirigeant vers le voilier

Rorqual de Minke, se dirigeant vers le voilier

Les trois dernières observations sont celles des rorquals de Minke aperçus dans un intervalle d’1h30, à partir de 16h58. Deux changent leur direction pour venir s’approcher du bateau. Sinon ils semblent se ventiler entre 3 et 5 fois avant une immersion d’environ deux minutes. Chaque rencontre est assez furtive et ne dépasse pas une dizaine de minutes (obs 12,13,14).

Le rorqual de Minke tout près du voilier

Le rorqual de Minke tout près du voilier

15/08/2016

Cette dernière journée voit 2h45 de prospection ‘dans la nuit’ avec une bonne visibilité, ce qui ne suffit pas à croiser un cétacé. Nous nous approchons des côtes norvégiennes et les cétacés semblent moins nombreux.

Qu'il est bon, le soleil du mois d'août au Spitzberg

Qu’il est bon, le soleil du mois d’août au Spitzberg

Copyright: Marianne Aventurier, Alexandre Voyer et cetaces.org


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