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Des Orques et des sonars

Écrit le 18/12/2019 dans Autre actualité - Mis à jour le 19/12/2019

Deuxième épisode : des expériences enrichissantes

Les Orques sont-ils sensibles aux émissions des sonars militaires ? A quel point ? Quelles peuvent être leurs réactions ? Si ces questions ne furent jamais publiquement posées, des réponses y furent apportées lors de séries d’expériences organisées depuis le début des années 2000 et largement financées par des organismes paramilitaires.

Cétacé d’une puissance mythique, l’Orque s’est pourtant montré vulnérable lors d’expériences avec des sonars

En effet, mise en cause à la suite de plusieurs accidents mortels retentissants touchant surtout la famille des Ziphius, l’US Navy, bientôt suivie par des marines européennes, organise et finance des programmes de recherche connus sous le nom de ‘Behavioral Response Studies’ ou encore ‘Controlled Exposure Experiments’. Il s’agit d’étudier la réaction d’espèces de cétacés à des signaux de sonar simulés ou réels ; pour ce faire, d’abord on équipe des cétacés sauvages d’une balise enregistreuse numérique (souvent un ‘DTAG’), puis on leur projette des sons de sonars, à des niveaux sonores modérés, et on étudie leurs réactions.

Premières expériences européennes, en Norvège en 2006

Depuis 15 ans, toute une discipline scientifique s’est ainsi développée, s’adressant à une communauté de chercheurs devenue spécifique, et bénéficiant de financements d’un montant inédit : au total plusieurs centaines de millions, certainement. A-t-on pensé aussi que l’on musellerait une partie de la communauté scientifique ?

Les principaux programmes sont listés ci-dessous, avec un lien internet permettant d’accéder à un document :

Les Orques fréquentent volontiers les espaces côtiers, en Norvège ou ailleurs, … du moment que la nourriture est abondante !

Mais … et nos Orques là-dedans ? Orcinus orca a principalement été traité lors de la phase 3S1 et plus précisément de 2006 à 2009, en Norvège. Des individus ont été soumis à différents sons, représentatifs de sonars à basse fréquence (LFAS), à moyenne fréquence (MFAS), et même à des cris d’Orques de populations différentes. Pour être plus explicite: les sonars LFAS émettaient dans la bande 1-2 kHz et les MFAS dans la bande 6-7 kHz, deux gammes de fréquence largement répandues dans les sonars européens, remorqués ou de coque, et dans le type SQS-56 de l’US Navy. Mais les expériences ne couvrent pas la bande 3 kHz, celle du très puissant SQS-53C de l’US Navy (235 dB de niveau de source).

Pour beaucoup d’odontocètes, dont l’Orque, le battement de caudale sur la surface est un signe d’énervement

On trouve des aperçus des résultats de ces expériences dans les rapports des programmes 3S (Kvadsheim et al. 2007 et suivants). En 2006, les Orques ont subi des expositions dans un fjord norvégien, 3 individus ont été ‘tagués’. Si les réactions au sonar basse fréquence ont été estimées négligeables, les individus ont été particulièrement réactifs au sonar moyenne fréquence. Recevant un niveau d’environ 150 dB, les Orques ont immédiatement modifié leur cycle de plongée, battu de la caudale, avant de s’éloigner rapidement de la source sonar (rapport de 2007 pp.38-39).

Il est toujours difficile de séparer une mère de son nourrisson, mais avec les expériences sonar sur les Orques, les scientifiques ont réussi.

Ces premiers résultats ont été confirmés et même amplifiés avec les expériences de 2008 et 2009. En 2008, une exposition en moyenne fréquence à un niveau atteignant 154 dB a entraîné une fuite et même une séparation de plus d’une heure et demie entre le groupe d’Orques et le nouveau-né (Miller et al. 2011, p.45 et suivantes). En 2009, l’expérience avec des Orques au large a montré une forte réaction d’évasion lors de transmissions à basse fréquence avec un niveau reçu supérieur à 160 dB et à moyenne fréquence à des niveaux reçus de 150 dB ((Miller et al. 2011, p.71 et suivantes).

Les plus courageux pourront lire cet article, synthèse des résultats des expériences de sonar sur les Orques

A la suite de ces expériences, aucun scientifique ni aucune marine militaire occidentale ne peuvent ignorer que les Orques réagissent fortement à des émissions de sonar de basse et moyenne fréquence. Ces résultats sur les Orques ont d’ailleurs été synthétisés dans un article scientifique de Miller et al. 2014.

Premier épisode : décembre 2019, un hasard malencontreux

Vous avez aimé les deux premiers épisodes de la série ‘Des Orques et des sonars’ ? Ne ratez surtout pas le troisième !

Alexandre et cetaces.org


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