Groupe de REcherche sur les Cétacés
Formation d'observateurs
Protection des cétacés
MENU
» GREC » Autre actualité » Mégaptères d’Océanie : vivre…

Mégaptères d’Océanie : vivre dans un océan plus chaud …

Écrit le 05/03/2019 dans Autre actualité - Mis à jour le 06/03/2019

Le Mégaptère, baleine globale, face au réchauffement global

Dans le contexte actuel de changement climatique, le succès des efforts de conservation de la mégafaune marine repose sur la compréhension des facteurs environnementaux qui influencent leur distribution en mer. Les baleines à bosse effectuent de très longues migrations saisonnières entre leurs zones d‘alimentation polaires et de reproduction tropicales, mais l’étendue de leur migration et de leurs habitats de reproduction est encore imprécise. Par ailleurs, nous ne savons ni comment ces habitats seront affectés par le réchauffement global, ni comment les baleines réagiront à ces changements.

Mégaptères vus en Antarticque durant l’été austral

Pour étudier la diversité des habitats de reproduction des baleines à bosse dans le Pacifique sud-ouest et leur capacité d’adaptation au réchauffement global, nous avons utilisé plus de 20 ans de données issues de campagne de recherche en mer provenant de sept pays et territoires d’Océanie.

A petite échelle, la topographie du fond marin sur la distribution a une influence majeure sur les baleines à bosse: elles préfèrent les eaux peu profondes, proches des côtes ou dans les lagons coralliens, mais aussi sur des monts sous-marins et bancs océaniques.

Mégaptère vu à Tahiti en septembre 1999

Par ailleurs, les baleines à bosse utilisent des sites de reproduction présentant une large gamme de températures de surface de l’eau : de 22,3 à 27,8°C en août, avec des variations entre les années allant jusqu’à 2,0°C sur un site donné. Dans le lagon Sud de Nouvelle-Calédonie, où le suivi des baleines à bosse a été effectué sur la plus longue durée (entre 1996 et 2017), le taux de rencontre de baleines augmente lorsque la température diminue (avec un optimum autour de 20,5°C). Cependant, cette influence de la température de surface sur la présence de baleines à bosse ne semble pas reliée à des phénomènes climatiques de grande ampleur comme l’oscillation climatique d’El Niño et l’oscillation Antarctique.

.

Les projections de l’évolution des températures de l’eau pour la fin du siècle suggèrent qu’une grande partie des sites de reproduction actuels des baleines à bosse d’Océanie deviendront potentiellement inadéquats car trop chauds pour cette espèce (supérieurs au maximum de 28°C décrit à l’échelle mondiale). Mais les modèles prédisent aussi l’existence d’habitats adaptés aux baleines à bosse en dépit du réchauffement climatique: les archipels et mont sous-marins du sud de l’Océanie pourront peut-être constituer des zones de refuge futures …

Des changements en vue pour les zones de mise-bas (ici un nouveau-né aux Tuamotu)

Bien que le comportement philopatrique * des baleines à bosse puisse limiter leur dispersion vers de nouveaux sites de reproduction, leur apparente plasticité comportementale et la diversité des habitats disponibles en Océanie favorisent leur capacité d’adaptation en réponse au réchauffement climatique, pendant la saison de reproduction.

Solène Derville (Opérations Cétacés et UMR Entropie, Nouvelle-Calédonie), et ses co-auteurs.

Référence de l’article (accessible sur demande):
Whales in warming water: Assessing breeding habitat diversity and adaptability in Oceania’s changing climate.
Solène Derville, Leigh G. Torres, Renée Albertson, Olive Andrews, C. Scott Baker, Pamela Carzon, Rochelle Constantine, Michael Donoghue, Cyril Dutheil, Alexandre Gannier, Marc Oremus, Michael M. Poole, Jooke Robbins & Claire Garrigue.
Glob Change Biol. 2019;00:1–16. https://doi.org/10.1111/gcb.14563

* philopatrie: tendance des animaux à revenir se reproduire là où ils sont nés. Ce comportement s’observe chez de nombreuses espèces, par exemple les tortues marines.


Actualité

Soutenir le GREC



[an error occurred while processing this directive]