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Qui veut la peau du Loup ?

Écrit le 20/09/2015 dans Autre actualité - Mis à jour le 14/12/2015

Grande braderie pour la faune protégée

En 1992, Ségolène Royal était une jeune femme apparemment sincère, avec des convictions, qui avait été nommée ministre de l’Environnement ; époque du Sommet de la Terre de Rio, qui avait vu la signature de la Convention sur la diversité biologique, pour la préservation de la biodiversité, mot forgé à la fin des années 80. C’est en novembre 1992 que germa réellement l’idée d’un Sanctuaire Méditerranéen pour les Mammifères Marins, devenu Sanctuaire Pelagos. À cette époque lointaine, on rêvait encore de protéger les animaux sauvages contre les méfaits des hommes, comme la pollution, la dévastation de l’habitat, la pêche industrielle…
« Ô beaux discours humains »…
À peu près au même moment, le 5 novembre 1992, le retour du loup dans les Alpes françaises était officiellement établi par des gardes du Parc National du Mercantour et de l’Office National des Forêts. On pensait que ce serait peu de chose, quelques individus isolés, « gérables ». Les défenseurs de la nature étaient contents.

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Seulement voilà, Ségolène Royal gère maintenant le portefeuille du ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie.
La différence est de taille.
Si l’on considère que l’on doit protéger l’Environnement – notion certes anthropocentrée –, on n’est pas du tout dans la même philosophie que dans une posture écologique, qui suggère que l’on vise d’abord à réglementer la « cohabitation »  dans le même espace (de oikos, la maison).
Certes, on pouvait penser que l’écologie visait à laisser une place à la faune sauvage ; elle se focalise en réalité sur la cohabitation entre hommes, ou sur le « pacte des villes / Que l’homme a fait avec les animaux serviles » (Vigny, « La Mort du loup », 1843).

Or l’on sait que si on « cohabite », on est généralement plus soucieux de ménager – voire d’élargir dans toute la mesure du possible – son propre espace vital, que de veiller altruistement à ce que son colocataire puisse prendre ses aises.
Et l’on sait que si l’on « gère » cette cohabitation, on légifère et on agit pour sauvegarder ce que l’on pense être son propre intérêt à court terme. Jusqu’à établir ce que l’on appelle un contrat léonin (« où l’un des partenaires s’adjuge la meilleure part, s’octroie tous les avantages ; par extension, qui n’est pas conforme à l’équité ; synonymes : abusif, inéquitable, inique ; antonymes : équitable, juste », Trésor de la Langue Française). C’est-à-dire que l’homme s’arroge le droit de prendre sa part et celle de l’animal, et impose cette décision unilatérale, à grands coups de fusils s’il le faut.

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On peut penser qu’un ministère de l’Environnement respecte son objet : la nature, la biodiversité, les animaux sauvages. Un sanctuaire est un lieu respectable en soi, auquel l’humanité – en principe – ne doit pas attenter. Un parc national est encore un bien intouchable, mais dont la responsabilité incombe aux citoyens avec la préservation de sa richesse. L’oikos, c’est aussi le patrimoine, le bien reçu en héritage. Mais le précédent président n’a-t-il pas conclu : « Toutes ces questions d’environnement, […] ça commence à bien faire » ?
Un ministère de l’Écologie et du Développement durable cherche à négocier avec l’environnement pour qu’il dure le plus longtemps possible à son propre usage, que la nature soit préservée juste ce qu’il faut pour continuer à servir à l’homme, pour qu’il puisse, lui, se développer sans limites. Mais ce qui ne lui sert pas ne mérite plus aucun égard. Ce qui menace ses petits intérêts particuliers peut être éliminé, massacré, abattu. Un mouton peut être vendu et mangé, on encourage donc sa « protection » envers et contre tout. Un loup ne se mange pas, voire mange quelques moutons : on l’encercle, on le traque, on l’abat, on pavoise sur sa dépouille.

Il y a peu, on feignait de ne pas trouver facilement les braconniers, dorénavant on encourage les chasseurs à se mettre à 6000 pour viser sa destruction complète, sans l’alibi d’un encadrement par des gardes assermentés. Et on pourrait penser assez naïvement (mais à tort, il suffit d’une étude même superficielle de la question pour s’en convaincre) que le problème sera réglé avec l’élimination des loups. Les tirs sont autorisés – manifestement il suffit de demander –, toujours plus de « tirs de prélèvement », euphémisme absurde à destination des bien-pensants et des âmes sensibles, pour ne pas dire « abattage systématique jusqu’à éradication si possible ».

Le problème, malgré tout, est que le loup est une espèce officiellement « protégée ». En juillet 2015, quand tout le monde s’était mis au vert, le gouvernement a annoncé qu’il engageait « une démarche de déclassement du loup comme espèce strictement protégée, auprès de la Convention de Berne et de l’Union Européenne », afin de tirer sans risquer de contrevenir aux lois expresses de la communauté européenne, qui interdisent de détruire un animal protégé. D’ailleurs, on pourrait ajouter que dans les Parcs nationaux, il ne semble pas que préserver le mouton soit l’objectif primordial. Donner raison aux tireurs de loups contre les défenseurs de la nature et de la faune sauvage relève d’une conception dévoyée de l’écologie.

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Développement durable ? Écologie ? Ces mots bien propres masquent maintenant de dangereuses dérives de mentalités, un retour de vieilles conceptions que l’on pensait révolues. Adieu Sommet de la Terre, biodiversité, faune sauvage, maintenant gérée en France par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Vive le développement, à condition que l’on trouve le moyen de s’adapter au réchauffement climatique. L’écologie pourrait en effet signifier que tous les habitants de la maison ont le même droit de vivre, ou que l’on cherche à sauvegarder l’héritage. En réalité, sauf pour les défenseurs de la nature, l’environnement n’existe plus en soi, mais au seul service d’une humanité peu éclairée : l’homme se voit au centre de l’univers comme un gestionnaire tout-puissant – éventuellement frustré de ses illusions de pouvoir absolu et d’autant plus hargneux…
Ceux qui pensent de façon aussi binaire, homme ou nature, avec aussi peu de respect de la faune sauvage, mériteraient bien de finir dans la gueule du loup.

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Et si les loups (au même titre d’ailleurs que les ours, les lynx, les mustélidés dits « nuisibles », et beaucoup d’autres espèces apparemment sacrifiables…) n’ont pas voix au chapitre, les protecteurs de la nature, eux, ont le droit de vote aussi bien que les éleveurs et les chasseurs.

Odile Gannier et www.cetaces.org

CAP Loup a écrit un document battant en brèche les idées reçues sur la cohabitation entre humains et loups en France…


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