Le Groupe de Recherche sur les Cétacés aux Marquises : 1998-2000
Archipel un peu isolé du Pacifique tropical (voir histoire-géo des marquises) comptant 9 îles principales, les Marquises ont reçu très tôt la visite d’écrivains et de voyageurs (Melville, Stevenson, Radiguet, Loti), mais sont encore assez peu visitées par les touristes modernes. Et ne l’étaient pas du tout par les cétologues, tout au moins après la venue de l’auteur de Moby Dick !
Nous nous rendons à Nuku Hiva pour un séjour de découverte et de plongée. Nous découvrons une population amicale, des paysages somptueux, et une faune marine très riche, comprenant plusieurs espèces de dauphins visibles facilement.
L’évidence s’impose d’une prospection « cétacés » aux Marquises. Oui mais voilà, notre voilier Oua, bien adapté pour explorer la Société, les Australes ou les Tuamotus, n’est pas bâti pour remonter 800 milles au près dans l’alizé.
L’évidence s’impose de monter un vrai projet de cétologues pour bénéficier d’un voilier plus grand afin de mener cette prospection aux Marquises.
Pour ce projet de prospection, le Groupe de Recherche sur les Cétacés rencontre le soutien immédiat du Laboratoire d’Ecologie Marine de l’Université (en la personne de Mme Payri), puis un soutien financier de la Délégation à la Recherche de la Polynésie Française (en la personne de Mme Pérez). Nous trouvons aussi un aide financière de Marineland d’Antibes (en la personne de M Riddell). Les moyens humains étant fournis par le GREC, il ne reste plus qu’à trouver le bateau magique qui va transformer le rêve en réalité. C’est tôt fait grâce à la complicité de Jean-Claude Tricottet, propriétaire et skipper du très beau ketch Eleuthera (tout un programme), et aussi le père de Pierre-Feu, le bien connu directeur du Centre de Plongée de Punaauia.
Tout le reste est un problème de logistique. Le projet Marquises 1 est lancé !
Partis le 20 novembre 1998, nous franchissons facilement les Tuamotus, à la hauteur de Ahe et Manihi aidé par une brise irrégulière d’Est agrémentée de grains: les qualités nautiques d’Eleuthera amortissent les houles, et le moteur diesel nous fait avancer doucement dans les pétoles. L’équipage au départ est composé plutôt de marins-plaisanciers et cétologues expérimentés, autour de Jean-Claude: Michel Bazin, Oliver O’Cadhla, Stéphane Bourreau, David Curtis, et Alexandre Gannier (auteur de ces lignes).
Peu d’observations de cétacés sont obtenues, mais l’activité cétologique a été continue, le jour, et aussi la nuit, avec l’acoustique.
Nous sommes en vue de Nuku Hiva le 29 novembre au matin, enfin nous voici à pied d’oeuvre. Nuku Hiva est une grande île (330 km carrés), dont les côtes nord et sud sont agrémentées de plusieurs baies offrant des bons mouillages. Elle compte près de 3000 habitants. Une observation faite dès le matin nous incite à commencer les travaux au plus vite.
Mais d’abord, Jean-Claude conduit le voilier et son équipage en baie de Taihoae, pour une relâche bien méritée. Taihoae, la capitale de l’île, avec plusieurs hôtels, restaurants et bars, des « mini markets » bien achalandés et aussi une quincaillerie comme on les aime. Le ravitaillement va bon train.
Les 2 et 3 décembre, démarrage des prospections, et nous faisons connaissance avec le talus sud et ouest de Nuku Hiva: déjà 4 observations de dauphins à long bec (2) et de péponocéphales (2).
Un mouillage tranquille près de Hakatea nous permet de goûter à la nature et à l’isolement si faciles à rencontrer dans ces îles Marquises peu peuplées.
Au matin du 4 décembre, après un petit ravitaillement à Taiohae, nous contournons Nuku Hiva par la côte au vent. Malgré la mer un peu agitée, nous observons le matin un groupe de Tursiops et un petit groupe de Grampus. Si les Grands dauphins sont nombreux aux Marquises, on n’aura plus d’occasion d’y revoir des Dauphins de Risso.
Cap au nord-ouest à la voile pour atteindre Eiao. Nous disons au revoir aux magnifiques côtes nord-est de Nuku, qui disparaissent de l’horizon en cours de journée.
Au matin du 5, nous approchons du sud de Eiao. Et nous obtenons six observations sur 3 espèces: Tursiops (3), dauphins tachetés (2) et dauphins à long bec sur le plateau de cette petite île.
Nous passons un moment à prospecter le talus ouest d’Eiao, mais nous ne résistons pas à l’attrait de cette île déserte où nous trouvons un beau mouillage et un point de débarquement en début d’après-midi.
Eiao est une île de 7 milles sur 2 dans le sens nord-sud, avec des montagnes de plus de 500m. Elle n’est plus habitée mais on y trouve une belle rivière. Elle sert de lieu de chasse et de pêche aux Marquisiens et marins de passage. On voit une quantité stupéfiante de poissons, et aussi des tortues, en se promenant en PMT près des falaises. « Pipapo » du Centre de Plongée des Marquises nous avait indiqué qu’on trouvait beaucoup de dauphins dans les eaux d’Eiao.
Du 5 au 8 décembre, Eleuthera patrouille autour des deux îles soeurs de Eiao et Hatutaa, en prenant soin de couvrir les talus des côtes au vent (est) et sous le vent (ouest). Un total de 14 observations et des enregistrements acoustiques sont ainsi collectés. En premier lieu, les grands dauphins Tursiops truncatus, avec 6 observations.
Comme autour de toutes les îles des Marquises, on rencontre autour d’Eiao des groupes de Dauphin d’Electre, dont le plus important fait environ 100 individus. On observe ainsi 3 groupes de Péponocéphales.
Visible dans la journée à peu de distance du rivage, plusieurs (3) groupes de Dauphins à long bec sont observés, le plus souvent mélangés à des autres espèces.
Seuls 2 groupes de Dauphins tachetés sont observés au cours de nos échantillonnages sur Eiao et Hatutaa.
Après trois jours de travaux autour de ces deux îles au Nord des Marquises nous songeons à reprendre nos travaux vers les grandes îles de cet archipel.