Le nord du bassin méditerranéen apparaît comme une zone principale de nourrissage pour le cachalot (Gannier et al., 2002). L’activité de prédation des cachalots est cependant très peu connue, du fait du mode de vie de ces animaux qui passent la plupart de leur temps en plongée. Ainsi, le GREC et le CRC-Marineland, ont mis en place une étude de suivi des cachalots au large des côtes françaises, dans le but :
Le cachalot effectue des sondes de 46 minutes en moyenne (SD=6.8), suivies de période de respiration (41 souffles) de 9 minutes (SD=2.7) en surface. Ainsi, le cycle de sonde du cachalot (temps de plongée et de respiration en surface) est de 55 minutes, avec peu de variations d’un cachalot à l’autre (de l’ordre de 10 minutes).

Pendant que l’animal est en plongée, il émet presque en continu des clics d’écho-localisation qui lui permettent de repérer ses proies, comme un sonar. Lorsqu’il détecte une proie, le rythme de ces clics augmente pour former une vocalise particulière appelée « creak », associée à la prise de nourriture. Les enregistrements des cachalots en plongée ont permis de compter le nombre de « creak » produit, et de démontrer que le cachalot mange en moyen 25 calmars (proie principale des cachalots) par sonde. Par extrapolation, nous pouvons en déduire qu’un animal consomme dans cette région environ 750 calmars par jour.
→ Ecouter un creak

La sonde du cachalot peut-être divisée en 3 phases : la descente, presque verticale ; la recherche de proies, lorsqu’il a atteint sa profondeur dite « de prédation » ; et la remontée vers la surface. Les enregistrements acoustiques ont permis de déterminer que le cachalot produit son premier « creak » de façon relativement constante, 6-7 minutes après avoir sondé.
Les analyses acoustiques démontrent une vitesse de descente de 110m/min en moyenne, suggérant ainsi que le cachalot commence son activité de prédation lors qu’il atteint une profondeur avoisinant les 700 mètres.
Les enregistrements acoustiques montrent également que les cachalots s’arrêtent de cliquer 5- 6 minutes (SD=1.17) avant de refaire surface. Sachant que le cachalot s’arrête de cliquer lors qu’il entreprend sa remontée vers la surface et se basant sur une vitesse de remontée de 84m/min (Watkins et al., 2002), nos résultats suggèrent que le cachalot termine son activité de chasse à une profondeur de 470m en moyenne.
Ainsi la profondeur de nourrissage des cachalots dans le bassin nord-occidental se situe entre 470 et 700 m de profondeur. Ces résultats montrent que les cachalots capturent leurs proies en pleine eau, et non a proximité du fond (la profondeur étant, pour chaque sonde observée, supérieure à 1000m), ce qui est en accord avec l’habitat pélagique de leurs proies principales, Histioteuthis bonnellii et de nombreuses autres espèces de calmars observées en Méditerranée.
Au cours de chaque cycle de sonde, les cachalots effectuent des déplacements relativement importants, parcourant une distance de plus de 1 mille en moyenne et suivant une direction relativement constante. Pendant les périodes de suivi (à l’échelle d’une journée), les animaux semblent longer les contours bathymétriques, parcourant ainsi environs 50 km quotidiennement. Il apparaît donc que le cachalot ne reste pas sur le même secteur d’une sonde à l’autre, mais suit une direction cohérente, le long du talus continental. Aussi, il est nécessaire de déterminer de façon précise ces mouvements à grande échelle pour une meilleure protection de l’espèce et en vue d’une conservation globale de son habitat.