La Polynésie Française comprend 121 îles étalées sur plus de cinq millions de kilomètres carrés, depuis Hatutu, la plus septentrionale des Marquises (8°S, 141°W) jusqu’à Rapa la plus méridionale des Australes (28°S,144°W), en passant par Mangareva (135°W) et Motu One, la plus occidentale des Iles de la Société (155°W). L’extension de ce domaine est de 2200 kilomètres en latitude et 2000 kilomètres en longitude. On n’est pas étonné de découvrir que les peuplements de cétacés que l’on rencontre dans chaque archipel diffèrent significativement et vont même jusqu’à être influencés par la forme des îles.
On compte 82 espèces de baleines, cachalots et dauphins appartenant à deux grands groupes: les odontocètes (à dents) et les mysticètes (à fanons). D’après les cartes de distribution disponibles, on peut estimer que 25 espèces de cétacés sont probablement présentes en Polynésie à un moment de l’année ou à un autre. Seize ont été recensées avec certitude (et même 17, si on ajoute le petit rorqual), elles appartiennent à quatre familles :
Le peuplement établi au cours de prospections en bateaux menées depuis 1996, montre que seules 6 espèces sont réellement fréquentes (graphique 1) : le dauphin à long bec, le dauphin à bec étroit, le dauphin tacheté, le dauphin d’Electre, le grand dauphin, et bien sûr le mégaptère. Mais cette statistique globale est en réalité trompeuse, car les cinq archipels de Polynésie Française offrent des « niche » bien particulières où peuvent s’exprimer des peuplements de cétacés différents : îles hautes (Australes, Société) avec ou sans récif barrière, émergeant d’un océan oligotrophe ou mésotrophe (Marquises), atolls des Tuamotu, les Gambier.

Sl dauphin à long bec - Sb dauphin à bec étroit - Sa dauphin tacheté - Pe dauphin d’Electre - Tt grand dauphin - Lh dauphin de Fraser - Fa orque pygmée - Gg dauphin de Risso - Gm globicéphale tropical - Pc faux orque - Oo orque épaulard - Md mésoplodon de Blainville - Zc baleine de Cuvier (Ziphius) - Ks cachalot nain - Mn mégaptère (Baleine à bosse) - Pm cachalot
Au nord, aux Marquises, on n’est pas loin de la bande équatoriale, productive, et les eaux de surface prennent souvent la couleur verte indicatrice d’une « biomasse » importante (concentration élevée de plancton végétal). Au sud, on aborde les eaux subtropicales oligotrophes, plus fraîches de 5°C aux Australes. A l’est, aux Tuamotus, le grand tourbillon anticyclonique garantit des eaux d’une limpidité sans pareille, appauvries en plancton, mais riches de milliers de kilomètres de barrière corallienne.
Mais la topographie des îles a aussi son importance sur la richesse locale de l’océan. Si toutes les îles polynésiennes ont pour point commun un socle volcanique qui s’élève depuis le plancher océanique jusqu’à la surface avec une pente de 10-20 degrés, d’autres facteurs contribuent à un phénomène d’ « oasis marin » plus ou moins accentué autour de chacune d’entre elles: la forme des îles, du récif barrière, l’étendue du lagon, les passes… Et cet effet d’oasis semble être d’autant plus important que les îles sont nombreuses et rapprochées, il est donc minimal aux Australes et peut-être très fort aux Tuamotu. Des prospections intensives dans quatre archipels (Société, Marquises, Australes, Tuamotu) permettent d’esquisser la mosaïque des peuplements de cétacés en Polynésie.
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