Le Grec - Groupe de recherche sur les cétacés, Polynésie Française, Méditerranée

3. Des îles oasis…

L’océan polynésien est profond de 3000 à 4500 mètres. Loin d’être uniforme, la masse d’eau océanique est en fait la superposition de plusieurs couches d’origines différentes. Juste au dessus du plancher, on trouve ainsi une eau de fond (température 0-2°C), puis les couches d’eaux antartiques profondes et intermédiaires (température inférieure à 8°C). Au-dessus de 600-800 mètres de profondeur, la température de l’eau croît rapidement pour atteindre la fourchette de 23°C-25°C entre 100 et 200 mètres de profondeur. Les eaux de surface sont le plus souvent pauvres en minéraux et plancton, alors que les eaux profondes regorgent de sels nutritifs (nitrates, phosphates, silicates)… mais manquent de lumière pour assurer la croissance du plancton végétal. Ces sels minéraux ne peuvent remonter en surface en raison de la « thermocline », une barrière créée par les écarts thermiques entre les eaux de surfaces « légères » et les eaux profondes, « lourdes ». L’océan polynésien est ainsi réputé pour sa pauvreté au large. Pourtant nombre de cétacés vont y trouver un milieu propice à leur existence grâce à des phénomènes à petite échelle dus à la présence des îles. Ces îles qui s’avèrent être donc de véritables oasis dans l’océan…

L’effet d’oasis local varie en intensité selon les facteurs topographiques qui créent des îles aux « personnalités » si variées. Au nombre des caractères qui influent sur cette « personnalité insulaire », on trouve :

  • L’orientation des îles par rapport au courant portant à l’ouest (0,5 à 3 km/h en général, du fait du vent dominant) a beaucoup d’influence : l’île présente un obstacle à l’écoulement et génère une accélération du courant le long de ses extrémités. Ce phénomène peut aboutir à la création de tourbillons où les eaux marines subissent des déplacements verticaux qui enrichissent les eaux de surface, d’où un enrichissement biologique
  • Les îles hautes (Société, Marquises, Australes) bénéficient d’une pluviosité plus importante que les îles basses (nuages orographiques) : les rivières et les passes associées assurent un transport de débris minéraux et organiques vers l’océan, d’où un accroissement local de l’abondance biologique
  • Dans les îles basses ou les atolls (Tuamotus, Maupelia, Maria) le rôle de la passe est déterminant: en raison de l’ensachage du lagon, les puissants courants sortant entraînent avec eux des débris qui génèrent un enrichissement local ; les eaux intérieures des atolls sont également plus riches que l’océan
  • Enfin, les îles Marquises (et les Gambier) comportent une zone de plateau sous-marin peu profond (40-50m) qui sont des sites privilégiés pour toutes les proies des dauphins.

Sans compter l’éventuel « effet d’île » généré par les monts sous-marins…