Le Grec - Groupe de recherche sur les cétacés, Polynésie Française, Méditerranée

Le rorqual commun (Balaenoptera physalus, Linné 1758)

Le Rorqual commun (Balaenoptera physalus, Linné 1758)

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Le rorqual commun est le seul Mysticète fréquent en Méditerranée. On le reconnaît facilement à sa taille, à la puissance de ses souffles et à la pigmentation disymétrique de sa tête : mâchoire inférieure droite blanche ou gris claire et mâchoire inférieure gauche gris foncé. Ce baleinoptère de grande taille dépasse 20 mètres de longueur à l’âge adulte et certaines femelles pourraient atteindre 25 mètres en Méditerranée. Une étude génétique a révélé des différences significatives entre les rorquals communs de Méditerranée et un échantillon de spécimens de l’Atlantique nord : il est pratiquement établi que les rorquals communs de Méditerranée forment une population séparée de celle de l’Atlantique. Les données biologiques générales de l’espèce sont assez bien connues : la gestation dure 11 à 12 mois et la lactation à peu près 7 mois. Les naissances ont lieu essentiellement de septembre à janvier. Nos propres observations portent sur des nourrissons accompagnés de leur mère, de début novembre à fin février et jusqu’à début août : dans les deux premiers cas, il s’agissait de nourrissons de petite taille (moins de 8 mètres) alors que dans le dernier cas, les jeunes mesurent 10 à 12 mètres. Ces observations tendent à confirmer que le sevrage des juvéniles s’opèrerait à peu près au bout de 6-7 mois, c’est-à-dire au milieu de l’été pour les animaux nés durant l’hiver précédent.

Le régime alimentaire du rorqual commun en Méditerranée semble voisin de celui des animaux de l’océan Atlantique voisin : la proie prseque exclusive de notre baleine en été serait un crustacé de la famille des euphausiacés, Meganyctiphanes norvegica, qui dépasse la longueur de 3 cm à l’âge adulte. Il est probable que ces baleines exploitent en d’autres secteurs ou à d’autres saisons les concentrations importantes d’autres organismes tels que les petits poissons pélagiques, d’autres euphausiacés ou du zooplancton de la famille des copépodes.

On rencontre souvent des individus solitaires (60% des cas) et les groupes de plus de 5 individus sont rares (1%). Cependant avec un effectif moyen de 1,55 individus, les groupes de 2 animaux sont fréquents (30%) et les groupes de 3 baleines ne sont pas rares. Lorsque les groupes sont plus importants, on observe souvent des comportements de socialisation tels que poursuite, émersions puissantes en groupes ou même sauts. Les rorquals communs communiquent entre eux par des sons à basse fréquence, sorte de mugissements infrasonores qui peuvent se propager à des centaines de kilomètres. On pense qu’ils repèrent les essaims de krill grâce à leur système auditif.

Le Rorqual commun (Balaenoptera physalus, Linné 1758)

Dans la journée, le déplacement des rorquals communs se fait à vitesse lente (0 à 2 nœuds) ou modérée (2 à 4 nœuds). Dans le premier cas, on a des animaux presque immobiles qui se reposent en respirant 1 ou 2 fois puis en s’immergeant quelques minutes sous la surface. Un déplacement lent de direction erratique signale que les baleines évoluent en restant dans le même secteur, favorable au nourrissage. En fin de journée, on constate souvent que les baleines se déplacent plus vite. Des déplacements rapides de type « voyage » sont aussi observés: les individus pratiquent alors des sondes longues et peuvent n’apparaître qu’une seule fois aux yeux d’un observateur, la sonde se prolongeant sur plus de 2 kilomètres. La séquence de respiration est alors plutôt courte (4 à 8 inspirations, par exemple). Pendant la nuit, l’activité principale est le nourrissage: il se caractérise en général par des sondes de 5 à 10 minutes sont entrecoupées de séquences de 10 à 20 respirations, soit environ 2 minutes à la surface. Ce comportement de chasse se prolonge souvent en début de matinée.

Le rorqual commun est beaucoup plus rare dans le nord du bassin entre novembre et mars. Les conditions environnementales peuvent influer sur la distribution des femelles gestantes, qui opteraient pour une mise-bas dans des secteurs plus chauds. Cependant, cette baleine fréquente dans le monde des eaux nettement plus froides que celles que l’on trouve en Méditerranée en hiver. Il y a peut-être hivernage dans des secteurs où des ressources alimentaires  » de soudure  » sont disponibles (migration) ou simplement dans l’ensemble des secteurs plus chauds et plus calmes. Le cycle d’étalement hivernal-concentration estivale semble le plus probable et n’exclut pas une fréquentation importante de la Méditerranée centrale ou orientale en hiver.