Écrit le 31/10/2009 dans Actualité Grec
Le mardi 27 octobre, mettant à profit une magnifique journée, nous sommes partis en bateau pour une sortie d’agrément et d’essai du système SMAC (Système de Monitoring Acoustique des Cétacés, un développement SOGETI-GREC). Nous avons détecté des cachalots à une dizaine de milles d’Antibes, par acoustique, il semblait y en avoir beaucoup. De fil en aiguille on en a approché une paire en visuel, et ils étaient d’une taille assez faible, dans la gamme 7-10m.
En fin de compte, on s’est dirigé vers un endroit où des cachalots sautaient au loin, à une douzaine de milles au large de l’Estérel, et on a découvert une concentration de plus de 25 cachalots en surface. Il était environ 14h00 et il n’y avait plus de cachalot en sonde de chasse, mais ils semblaient tous réunis à cet endroit. Le groupe était composé de pas mal de femelles et de juvéniles, y compris au moins un bébé de l’année (longueur inférieure à 5m). On n’a pas vu de grand mâle adulte, mais un ou plusieurs mâles de 12-13m auraient pu passer inaperçus.
Ce genre de découverte n’est pas une première en mer Ligure (voir Moulins & Würz, 2005), mais à notre connaissance, c’est la première fois qu’on voit autant de cachalots ensemble. C’est non seulement un fait rare en mer Ligure, mais aussi en Méditerranée, où les groupes de plus de 10 cachalots sont très peu fréquents.
Les comportements observés ont été très nombreux, car les cachalots sont restés en surface pendant plus de 3 heures, tantôt en un grand groupe, tantôt en 3 ou 4 sous-groupes. On a vu des battements de caudale, pas mal de sauts, souvent par série de 2 à 3 et aussi des interactions avec un groupe de dauphins qui gravitait autour.
Comme il y avait très peu de brise, on a pu rester autour du groupe en manoeuvrant doucement à la voile. Parfois, les cachalots avertis de notre présence faisait l’espion en sortant leur museau de l’eau. De temps en temps, un sous-groupe s’approchait à 20 ou 30 mètres, mais pas plus, sauf le nourrisson qui évidemment a satisfait sa curiosité en venant à 1m de la jupe arrière d’Anacaona. Il n’a pas abîmé l’hydrophone.
De nombreux sons sociaux ont été enregistrés, notamment beaucoup de codas et de crépitements (chirrup) et aussi des gémissements (squeal). Quand on pense qu’on n’avait pas vu de cachalot ni en juillet ni en septembre, pour le coup on a ramassé tout le paquet de l’année d’un seul coup.
Heureusement que la mer aux était déserte, on n’ose imaginer la scène avec tous les yachts surmotorisés qui polluent les eaux de la côte d’Azur de mai à septembre.
On aimerait être convaincu que la protection des cétacés est prioritaire dans l’espace du sanctuaire Pelagos.